L’IA et le Risk Management en 2026 : Le bilan de l’AMRAE
Source : AMRAE. (2026). L'IA dans le risk management : État des pratiques & horizons (Collection Études & Prospectives) [Rapport].
Sommaire : L'enquête AMRAE 2026 montre que 88,6 % des professionnels du risque utilisent l'IA, principalement générative (85,6 %). L'adoption s'est faite par la productivité documentaire (rédaction, analyse juridique) plutôt que par le cœur analytique.
Le frein majeur est technique : les données textuelles affichent un taux d'usage de 25,9 %, contre 8,4 % pour les données « terrain » complexes. L'étude identifie 14 usages d'avenir prioritaires (risques émergents, simulations de crise, climat). La profession attend un accompagnement pragmatique (retours d'expérience, guides, cartographie des outils) pour évoluer de la productivité au pilotage des risques.
1. Introduction et Périmètre de l'Étude
Au printemps 2026, l'AMRAE a réalisé une enquête de référence auprès de sa communauté afin d'établir une cartographie objective de l'intégration de l'intelligence artificielle dans les métiers du risque. Cette étude se concentre sur les réalités opérationnelles et les trajectoires d'adoption.
Méthodologie de l'enquête :
- Période de collecte : Du 31 mars au 22 avril 2026.
- Échantillon : 133 professionnels du risque (panel auto-déclaratif).
- Profil des répondants : Majorité de risk managers (49,6 %) et de responsables assurances (33,1 %).
- Représentation des organisations : Prédominance des grands comptes (66,7 %) et des ETI (27,3 %).
L'objectif de cette analyse est de restituer les équilibres actuels entre gains de productivité immédiats et ambitions analytiques à long terme.
2. Une Adoption Généralisée mais aux Maturités Diverses
L'usage de l'IA est désormais structurel pour la profession : 88,6 % des répondants déclarent l'utiliser dans leurs missions. Cependant, une analyse fine révèle une hétérogénéité significative selon la taille de l'organisation et l'intensité de l'usage. Si 35,6 % affichent un usage régulier, 53 % se situent encore dans une phase ponctuelle ou expérimentale.
Le tableau suivant souligne le différentiel d'intégration régulière entre les typologies d'entreprises :
Taille de l'organisation | Taux d'usage régulier |
Grands Comptes | 39 % |
Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI) | 28 % |
Concernant le profil des utilisateurs, l'ancienneté n'apparaît pas comme un frein à l'adoption. Les professionnels de plus de 60 ans affichent un taux d'utilisation (85,7 %) proche de la moyenne. La variable générationnelle influe toutefois sur l'intensité : le taux d'usage régulier culmine à 75 % chez les moins de 30 ans, contre environ 20 % dans la tranche 50-60 ans.
3. Prédominance de l'IA Générative et des Usages Documentaires
L'IA générative (LLM de type ChatGPT, Copilot, Gemini) s'impose comme le vecteur dominant d'acculturation, avec 85,6 % d'utilisateurs. À l'inverse, l'IA analytique et prédictive (12,1 %) et l'automatisation intelligente (4,5 %) restent marginales en raison des prérequis techniques et de la nécessité de données structurées.
Top 5 des usages effectifs actuels :
- Aide à la rédaction (comptes rendus, rapports, notes) : 77,4 %
- Analyse de documents juridiques liés aux responsabilités : 43,5 %
- Analyse de grandes volumétries de données : 42,2 %
- Analyse de contrats et clauses de RC et professionnelle : 41,2 %
- Veille réglementaire et conformité : 36,9 %
Comme l'analyse François Beaume, Président de l'AMRAE, l'IA a pénétré la profession par la « productivité documentaire » plutôt que par le « cœur analytique ». L'outil est actuellement cantonné à un rôle de support (calcul, synthèse, recommandation) sans se substituer au jugement souverain du risk manager.
4. L'Analyse « Texte vs Terrain » : Le Pivot Structurel de l'Adoption
Le principal enseignement de l'étude réside dans la nature des données traitées. L'adoption n'est pas limitée par un facteur culturel, mais par la disponibilité technique des informations.
On observe un ratio de 3 à 1 entre les usages dits « Textuels » (contrats, rapports), dont le taux d'usage moyen est de 25,9 %, et les usages dits « Terrain » (données physiques, opérationnelles, sinistralité complexe), qui plafonnent à 8,4 %. Ce blocage est particulièrement visible dans des secteurs où les données sont hétérogènes et peu numérisées, comme la Construction (1,9 %) ou la Supply Chain (5,4 %).
La prochaine frontière de l'adoption est donc « technique et organisationnelle » (structuration des données) et non culturelle. Une exception notable concerne le secteur Cyber, où l'écart texte/terrain est quasi nul (1,7 point). L'hypothèse retenue est celle d'un « périmètre de déclaration » : les outils d'analyse cyber, hautement normalisés, sont souvent opérés par la DSI/RSSI, sortant ainsi du champ d'action direct déclaré par le risk manager.
5. Prospective : Identification des 14 Usages à Fort Potentiel
L'étude identifie 14 usages de demain, sélectionnés selon un « double signal » : une intention de développement supérieure à 25 % et une marge de progression supérieure à 55 %.
Ces items se structurent autour de cinq piliers :
- Gestion globale des risques : Anticipation des risques émergents, modélisation de scénarios et stress tests, analyse des sinistres, analyse et évaluation des tiers.
- Crise / PCA / IE : Gestion de crise et simulation d'incidents, conception d'exercices, détection de signaux faibles opérationnels, modélisation de scénarios extrêmes.
- Climat : Modélisation des risques physiques climatiques, évaluation de l'exposition climatique des actifs.
- Dommages : Évaluation des mesures de prévention, prévention des sinistres.
- Usages transverses : Veille stratégique et signaux faibles, détection d'anomalies et de fraude.
La faisabilité technique est confirmée pour 11 de ces items qui affichent déjà un usage effectif supérieur à 10 %. Cependant, trois usages représentent les frontières techniques actuelles avec un usage inférieur à ce seuil, malgré une intention forte : la gestion de crise, l'évaluation des mesures de prévention et la modélisation des risques physiques climatiques.
6. Attentes Opérationnelles de la Profession
Les professionnels expriment des attentes pragmatiques vis-à-vis de l'AMRAE, centrées sur le partage de solutions concrètes :
- Retours d'expérience (REX) d'adhérents : 76,7 %
- Panorama et inventaire des outils IA : 75,6 %
- Guides pratiques et méthodologies : 70,9 %
- Analyse des risques liés à l'IA : 70,9 %
Il est impératif de noter que l'analyse des risques liés à l'IA n'est pas perçue comme une simple tâche, mais comme une priorité de gouvernance indispensable avant tout déploiement à l'échelle. À l'inverse, l'intérêt pour les « prises de position institutionnelles » est faible (30,2 %), confirmant un besoin de sécurisation des pratiques opérationnelles immédiates.
7. Synthèse et Perspectives
L'enquête AMRAE 2026 permet de dégager quatre constats fondamentaux :
- Une adoption généralisée tirée par la productivité documentaire.
- Un potentiel majeur identifié sur les fonctions analytiques.
- Une barrière à l'entrée technique (structuration des données) plutôt que culturelle.
- Une demande d'accompagnement résolument pragmatique et opérationnelle.
L'émergence des « Agents IA », capables d'orchestrer de manière autonome des données hétérogènes, apparaît comme le levier technologique direct pour lever les verrous identifiés sur les données « Terrain ». L'AMRAE s'engage à accompagner cette transition pour transformer les expérimentations actuelles en outils de pilotage maîtrisés, au service de la décision stratégique.