Résilience et souveraineté européenne : Synthèse du Sommet S.M.A.R.T. 2025

Source : Synthèse des débats – Les Rendez‑vous S.M.A.R.T. 2025 (France Assureurs), 4 décembre 2025.

Sommaire : Cet article étudie la synthèse des Rendez‑vous S.M.A.R.T. 2025, un sommet organisé à Bruxelles par France Assureurs pour traiter de la résilience et de la souveraineté européenne. À travers des discours de dirigeants et des tables rondes d'experts, les sources soulignent le rôle crucial du secteur de l'assurance comme moteur d'investissement pour la compétitivité du continent. Les débats abordent des défis majeurs tels que le changement climatique, les menaces cybersécurité et l'instabilité géopolitique actuelle. L'objectif global est de mobiliser l'épargne européenne et de simplifier les normes pour renforcer l'autonomie stratégique de l'Union. Enfin, l'événement met en avant l'innovation et l'engagement de la jeunesse pour bâtir une protection durable des citoyens et des entreprises.


1. Cadre institutionnel et enjeux de l'autonomie stratégique

La deuxième édition des Rendez‑vous S.M.A.R.T. (Sommet pour Mobiliser Aujourd'hui sur les Risques et les Transitions) s'est tenue le 4 décembre 2025 à Bruxelles. Florence Lustman, présidente de France Assureurs, a défini l'assurance européenne comme un levier central de souveraineté, soulignant que le secteur gère près de 10 000 milliards d'euros d'actifs, dont plus de 80 % sont investis directement dans l'économie de l'Union européenne.

Un point critique soulevé par Florence Lustman concerne l'intensification du cadre normatif : le secteur fait face à une « explosion normative » avec 70 projets de textes réglementaires recensés, contre 12 il y a une décennie. Philippe Léglise‑Costa, représentant permanent de la France auprès de l'UE, a structuré l'autonomie stratégique autour de quatre défis majeurs :

  • Défi géostratégique : Nécessité de réduire les dépendances extérieures et de renforcer l'investissement via l'agenda Readiness 2030 et le Programme pour l'industrie européenne de défense (EDIP).
  • Défi physique (climatique) : Exigence d'une stratégie de résilience et d'adaptation pour limiter les coûts collectifs des catastrophes naturelles.
  • Défi économique : Impératif de bâtir une Union de l'épargne et de l'investissement face à l'affaiblissement de certains secteurs industriels.
  • Défi démographique : Pression sur les systèmes de santé et besoin de renforcement des fonds de retraite privée (capitalisation).

« En somme, l'assurance est une infrastructure de souveraineté, un accélérateur de résilience et une ceinture de sécurité pour les citoyens, les entreprises et les territoires. » - Florence Lustman

2. Financer la compétitivité : Le passage à l'échelle européenne

La table ronde dédiée à la compétitivité a mis en exergue le paradoxe de l'épargne européenne. Nicolas Denis (Crédit Agricole Assurances) a rappelé que si l'Europe est un continent d'épargnants (taux de 15,4 % en moyenne, 19 % en France), l'allocation reste fragmentée, empêchant le financement de projets à l'échelle mondiale. Pour Philippe Léglise‑Costa, le levier principal réside dans la révision de Solvabilité II, notamment par l'extension du traitement prudentiel favorable aux actions détenues à long terme.

Kerstin Jorna (DG Grow) a précisé que la compétitivité dépend du « de‑risking » public‑privé via des instruments comme le Critical Raw Materials Act ou le Net‑Zero Industry Act, visant à sécuriser les chaînes de valeur. Parallèlement, Vincent Georgel O'Reilly (Groupe Scope) a défendu l'agence de notation Scope (3 % de parts de marché) comme un outil indispensable de souveraineté pour contrebalancer l'asymétrie imposée par les agences américaines (90 % du marché).


Secteur prioritaire


Enjeux de souveraineté identifiés

Automobile & Batteries


Nécessité de décarbonation face à la concurrence chinoise (ex: projet Verkor).

IA & Cloud


Création d'un cloud souverain pour s'affranchir de la dépendance aux "hyperscalers" américains.

Défense


Besoin de supprimer le marquage RSE « gris » pour débloquer l'investissement institutionnel européen.

3. Gestion du risque climatique : Entre mutualisation et assurabilité

Daphné McRAE (Fondation européenne pour le climat) a documenté la dégradation de la sinistralité : en France, le coût annuel moyen des sinistres climatiques s'établit à 6 milliards d'euros pour la période 2020‑2023, contre 3,7 milliards d'euros sur 2010‑2019. Pour les risk managers, cette dérive interroge la capacité de mutualisation.

Adrien Couret (Aéma Groupe) a soutenu que l'assurabilité ne peut être résolue par la seule variable tarifaire, s'agissant avant tout d'un « problème de risque » (urbanisme, qualité du bâti). Il a préconisé deux axes techniques :

  1. Gestion de la volatilité : Autoriser les assureurs à constituer des réserves de long terme pour lisser les chocs inter‑annuels.
  2. Stress‑tests climatiques : Étendre ces tests à l'ensemble des secteurs économiques pour provoquer une prise de conscience systémique.

Sur le plan réglementaire, Adrien Couret s'est opposé au règlement FIDA, avertissant que l'ouverture des données aux GAFAM favoriserait une sélection adverse (« cherry picking »), ruinant le principe de mutualisation. Concernant l'architecture de protection, Daphné McRAE a plaidé pour un régime Cat Nat européen, tandis qu'Adrien Couret et Philippe Léglise‑Costa ont privilégié la subsidiarité. Ce dernier a insisté sur le fait qu'un dispositif européen ne doit en aucun cas obérer la performance du régime français existant.

4. Risques géopolitiques, cyber et défense

Le « Future Risk Report » d'AXA, cité par Mathieu Godart, place désormais l'instabilité géopolitique au premier rang des préoccupations des experts, devant le risque climatique. Cette tension se décline physiquement et numériquement.

Thierry Lelégard (SiPearl) a souligné la vulnérabilité européenne : 80 % des dépenses informatiques du continent bénéficient aux GAFAM, exposant les entreprises aux lois extraterritoriales américaines qui peuvent, par simple décision administrative étrangère, paralyser des activités européennes.

Dans le domaine de la sécurité physique, Camille Grand (ASD) a déploré que l'industrie de défense soit parfois exclue des financements pour des motifs RSE erronés. Il a rappelé que la défense est un secteur en croissance de 15 %, indispensable à la pérennité du modèle européen, et a appelé à une réponse collective pour dissuader les menaces hybrides (cyberattaques, câbles sous‑marins).

5. Perspectives réglementaires : La méthode Delors et le 28e régime

Enrico Letta (Institut Jacques Delors) a préconisé le retour à la "méthode Delors" : fixer des échéances contraignantes pour transformer les débats académiques en réalités politiques. Le Conseil européen a ainsi fixé 2028 comme date butoir pour l'intégration des marchés financiers et de l'énergie.

Deux concepts pivots ont été introduits :

  • La "5e liberté" : Liberté de circulation de l'immatériel (recherche, innovation, éducation).
  • Le "28e régime" : Un cadre juridique optionnel unique permettant aux entreprises transfrontalières d'échapper à la fragmentation des 27 législations nationales.

Kerstin Jorna a illustré cette fragmentation par la métaphore de Gulliver (le Marché Unique) entravé par des fils lilliputiens (barrières nationales). Le coût de cet éclatement est flagrant dans le spatial : en 2025, les États‑Unis ont effectué 170 lancements de fusées, contre 65 pour la Chine et seulement 5 pour l'Europe. Enrico Letta a également noté que 80 % de l'aide militaire européenne à l'Ukraine a été captée par l'industrie américaine, faute d'une échelle industrielle européenne suffisante.

6. L'innovation au service de la maîtrise des risques

La "Galerie de l'innovation" a présenté des solutions technologiques visant à optimiser les processus prudentiels et opérationnels :

  • Dylogy : Utilisation de l'IA générative pour l'analyse documentaire et l'aide à la décision.
  • Meelo : Automatisation des contrôles antifraude et vérification des IBAN en temps réel.
  • Previsia : Digitalisation de l'évaluation sur site des risques dommages (incendie, vol, inondation).
  • Red Alert Labs : Fourniture de données vérifiables sur la sécurité des objets connectés, permettant d'affiner l'underwriting et le pricing du risque cyber.