Rapport EIOPA : La solidité du secteur face au choc des risques émergents.

Source : Insurance Risk Dashboard. EIOPA-BoS-26-359. July 2026.

Sommaire : Le secteur européen de l'assurance conserve une résilience globale avec un niveau de risque maintenu à « médium », porté par une solide solvabilité (groupes à 210 %) et la haute qualité de ses fonds propres (86 % en Tier 1).
Toutefois, le risque lié à la numérisation et aux menaces cyber a été relevé à « Élevé » en raison de l'IA de pointe, de la complexité de la souscription cyber et de la hausse des attaques. L'environnement macroéconomique s'assombrit sous l'effet d'une croissance atone (1,0 %) et d'une inflation en hausse (2,9 %), imposant une vigilance accrue à long terme.


L'évaluation prudentielle de l'EIOPA pour le mois de juillet 2026 confirme la résilience globale du secteur européen de l'assurance, avec un niveau de risque agrégé maintenu à « médium ». Cette analyse synthétise les données de reporting Solvabilité II du premier trimestre 2026 (Q1-2026) et de l'exercice 2025 (2025-YE), portant sur un échantillon de 96 groupes et 2091 entreprises solo.

1. État des lieux de la solvabilité et de la rentabilité sous Solvency II

Les indicateurs de santé financière démontrent une solidité structurelle, bien que les indicateurs de rentabilité présentent une dynamique mixte. La qualité des fonds propres demeure élevée, le Tier 1 représentant 86 % du stock total.

  • Ratios de solvabilité (médians) :
    • Groupes d'assurance : 210 % (en léger repli).
    • Assureurs Vie : 247 % (stables).
    • Assureurs Non-Vie : 218 % (stables).
  • Performance technique : Le ratio combiné médian en non-vie s'établit à 95,4 %, marquant une légère détérioration.
  • Rentabilité : Le rendement de l'excédent des actifs par rapport aux passifs (fonds propres économiques) affiche une légère baisse, tandis que le rendement des actifs et celui des primes progressent marginalement.

2. Risques Numériques : Le passage au niveau « Élevé »

Le niveau de risque lié à la numérisation et aux cybermenaces a été relevé à « High » (Élevé) lors de l'évaluation du deuxième trimestre 2026. Cette réévaluation s'appuie sur une convergence de facteurs systémiques et opérationnels :

  • IA de frontière (Frontier AI) : L'émergence de modèles d'IA avancés crée des vulnérabilités systémiques nouvelles, complexifiant la gestion de la résilience opérationnelle.
  • Complexité de la souscription Cyber  : Au-delà de l'exposition opérationnelle propre aux assureurs, la difficulté croissante de tarification et de modélisation des risques cyber souscrits pèse sur la stabilité du segment.
  • Vecteurs d'attaque : Une augmentation quantitative des cyberattaques mondiales a été enregistrée en Q1-2026, exacerbée par des tensions géopolitiques persistantes.

L'EIOPA insiste sur la nécessité d'une mise en conformité rigoureuse avec les exigences du règlement DORA (Digital Operational Resilience Act) pour atténuer ces risques de rupture.

3. Dynamiques Macroéconomiques et de Marché : Une perspective assombrie

L'outlook macroéconomique se dégrade (perspective d'augmentation du risque sur 12 mois) sous l'effet d'un effet de « ciseau » : des taux directeurs maintenus à 3 % en Q2-2026 face à une croissance atone (1,0 %) et des pressions inflationnistes renouvelées.

Indicateurs Macro-financiers

Valeur / Prévision 
(Juillet 2026)

Tendance 
(3 mois)

Croissance du PIB (projection 4 trim.)

1,0 % 
(contre 1,3 % précédemment)

Baisse

Prévisions d'inflation mondiale

2,9 % 
(contre 2,3 % précédemment)

Hausse

Taux swap à 10 ans (moyenne pondérée)

~3,2 %

Stable

Solde budgétaire (Fiscal Balance)

-3,5 % du PIB 
(donnée Q4-2025)

Stable

Écart crédit/PIB (Credit-to-GDP gap)

-17,6 % 
(donnée Q4-2025)

Contraction


Analyse des marchés et du crédit : L'environnement de marché est marqué par une volatilité accrue début juillet 2026, particulièrement sur les matières premières. Malgré un resserrement des spreads de CDS (Credit Default Swaps) au cours de Q1-2026, la vigilance est de mise concernant les valorisations élevées et les risques de correction brutale.

  • Qualité de crédit : L'échelon de qualité de crédit médian (Median Credit Quality Step) se maintient à CQS 2 (équivalent à une notation AA), témoignant d'un portefeuille d'actifs de haute qualité.
  • Asymétrie de duration : Le duration mismatch entre l'actif et le passif est resté inchangé par rapport à la fin de l'année 2025.
  • Risque de crédit privé : Une surveillance accrue est nécessaire sur le crédit privé, où les spreads publics pourraient ne pas refléter pleinement les vulnérabilités sous-jacentes.

4. Risques d'Assurance et Interconnexions

La croissance soutenue des primes (Vie : +6,3 % ; Non-Vie : +4,2 %) soutient l'évaluation « médium » des risques de souscription. Cependant, le ratio de sinistralité médian, bien qu'inférieur à 60 %, masque des disparités : le 90ᵉ centile de la distribution du ratio de sinistralité a augmenté en Q1-2026, indiquant une dégradation significative pour un sous-ensemble d'assureurs.

L'incertitude demeure élevée quant aux couvertures liées aux risques de guerre et aux perturbations du commerce international. Le profil d'interconnexion du secteur est détaillé ci-dessous :

  • Exposition aux banques : 13,5 % des actifs totaux (en léger repli).
  • Dette souveraine domestique : 7,2 % (stable).
  • Autres activités financières : 22,4 % des actifs totaux.
  • Taux de cession en réassurance : 5,8 % (médian).

5. Critères ESG : Stabilité des expositions et transition

Les indicateurs ESG ne révèlent pas de changement de trajectoire majeur, reflétant une stabilité tant dans les expositions physiques que de transition.

  • Investissements durables : La part des obligations vertes s'élève à 8,5 % du total des obligations vertes en circulation. L'exposition aux actifs sensibles au climat reste contenue à 3,3 % des actifs totaux.
  • Risques physiques : Le ratio de sinistralité lié aux catastrophes (Catastrophe loss ratio) et l'indicateur de déficit de protection contre les catastrophes naturelles (protection gap) n'affichent pas de variation significative par rapport à la période précédente.
  • Notations : Les scores ESG des assureurs cotés demeurent stables.

6. Conclusion technique sur l'environnement de risque

Le secteur de l'assurance présente un profil de risque globalement stable à court terme (Trend), mais l'horizon à 12 mois (Outlook) est marqué par une intensification des menaces cyber et une dégradation des conditions macro-financières. La polarisation entre des fondamentaux financiers solides (solvabilité CQS 2, Tier 1 robuste) et des risques exogènes volatils (géopolitique, IA de frontière) impose une surveillance accrue des stratégies de souscription et de la gestion actif-passif.