Analyse du Rapport AMF 2025
Les Enjeux Réglementaires et Technologiques
Sommaire : Le Rapport Annuel 2025 de l'AMF met l'accent sur la résilience financière face aux risques géopolitiques, cyber et liés à l'IA. Le cadre européen DORA devient central pour sécuriser les infrastructures financières, tandis que l'IA accroît à la fois l'innovation et les menaces de fraude. L'AMF renforce ses outils de surveillance numérique (webscraping, blocages administratifs) et soutient la tokenisation des actifs pour moderniser les marchés. Elle plaide aussi pour une supervision européenne renforcée via l'ESMA afin de réduire la fragmentation réglementaire et consolider la souveraineté financière européenne.
1. Introduction et Contexte Institutionnel
La présente synthèse expose les orientations stratégiques de l'Autorité des marchés financiers (AMF) telles que définies dans son Rapport Annuel 2025. Sous l'impulsion de sa présidence, l'institution maintient le cap « Réguler la finance, renforcer la confiance », dans un environnement financier marqué par une volatilité accrue et des corrections de valorisation significatives, particulièrement sur les marchés européens.
Le régulateur identifie une cartographie des risques dominée par les incertitudes géopolitiques, exacerbées par le conflit en Iran, et les défis critiques liés à la cybersécurité. Dans ce contexte de fragilité des structures de marché et de développement rapide de la finance non bancaire, l'AMF réaffirme son rôle de boussole pour garantir la stabilité financière et la protection des actifs.
2. Le Cadre DORA et la Résilience Opérationnelle Digitale
L'AMF souligne que les annonces d'avril 2025 concernant les capacités des nouvelles Intelligences Artificielles (IA) dites « frontières » constituent une disruption majeure pour la cybersécurité du secteur financier. Pour faire face à ces menaces systémiques, DORA est présenté comme un levier stratégique indispensable, opérant en synergie avec l'IA Act.
À l'été 2025, un premier test de résistance transsectoriel a été initié conjointement par l'AMF, la Banque de France et l'ACPR. Cet exercice technique vise à modéliser les interconnexions et les mécanismes de contagion entre les secteurs bancaires et non bancaires en cas de choc cyber.
Pour renforcer la résilience des acteurs, le régulateur préconise la mise en œuvre des mesures suivantes :
- L'accès impératif des institutions financières et des infrastructures de marché aux capacités d'évaluation technique des modèles d'IA.
- L'association systématique des autorités de régulation aux travaux multilatéraux et globaux portant sur les technologies de rupture (IA et informatique quantique).
- La préparation opérationnelle immédiate des acteurs face aux risques de rupture induits par le caractère global des nouveaux modèles d'IA.
3. Lutte contre les Fraudes Financières et Intégrité des Marchés
L'insécurité financière atteint des niveaux préoccupants : 16 % des Français déclarent avoir été victimes d'une escroquerie financière, une proportion qui s'élève à 32 % chez les investisseurs de moins de 35 ans. Cette criminalité est portée par la digitalisation des processus et l'usage sophistiqué des réseaux sociaux.
Le régulateur signale également la montée en puissance de réseaux internationaux d'initiés, étroitement liés à la criminalité organisée (blanchiment et corruption), dont les agissements portent gravement atteinte à l'intégrité des marchés. L'AMF s'appuie sur le précédent judiciaire du dossier « Airgas » (avril 2025) et sur la proposition de loi « Labaronne » (septembre 2025) pour solliciter une extension de son arsenal répressif.
Outil d'intervention | Objectif opérationnel |
Webscraping | Accès automatisé aux contenus publics des plateformes pour la détection proactive des fraudes. |
Identité d'emprunt | Extension du champ d'usage à la surveillance des marchés et à la veille sur les produits financiers illicites. |
Blocage administratif | Procédure accélérée de fermeture des sites internet diffusant des contenus financiers illicites. |
4. Innovation Technologique et Transformation par l'IA
L'AMF soutient activement la modernisation de la Place de Paris pour en préserver l'attractivité. Concernant la tokenisation des actifs, le régulateur appelle à une réforme structurelle du cadre européen afin d'optimiser le financement et la liquidité des marchés de capitaux. Un groupe stratégique de place, réunissant l'AMF, la Banque de France et la Direction générale du Trésor, a été constitué pour soumettre des recommandations opérationnelles d'ici l'été.
L'IA est identifiée comme un levier de démocratisation de l'investissement et un outil interne de surveillance pour le régulateur, qui contribue au développement de modèles souverains. Toutefois, cette transition technologique impose une vigilance accrue sur les dépendances structurelles.
Points de vigilance pour la gestion des risques liés à l'IA :
- Risque de concentration et dépendance opérationnelle : Vulnérabilité accrue due à la concentration des prestataires de services tiers, majoritairement extra-européens.
- Sophistication des vecteurs de fraude : Utilisation de l'IA pour automatiser et complexifier les tentatives d'extorsion et de manipulation de marché.
- Intégrité et stabilité des modèles : Nécessité de maîtriser les risques cyber spécifiques aux modèles globaux et d'assurer la transparence des algorithmes utilisés par les infrastructures.
5. Conclusion : Vers une Souveraineté Financière Européenne
L'ambition de l'AMF s'inscrit dans la réalisation de l'Union de l'épargne et de l'investissement, projet jugé existentiel pour réduire la fragmentation réglementaire européenne. Cette vision repose sur une convergence de la supervision et un soutien résolu au renforcement des pouvoirs de supervision directe de l'ESMA, conformément aux propositions de la Commission européenne de décembre 2025.
Pour assumer ces responsabilités croissantes et maintenir l'excellence de la Place de Paris, l'Autorité prévoit, suivant les préconisations de la Cour des comptes, une trajectoire de rattrapage de ses moyens financiers et humains à l'horizon 2027.
