Fraude bancaire en 2025 : ce que révèle le dernier rapport de l'OSMP
Source : Observatoire de la sécurité des moyens de paiement. (2026). Rapport annuel 2025. Banque de France.
Sommaire : En 2025, les paiements dématérialisés en France progressent (+5,5 %) avec un bilan contrasté : si le taux de fraude sur carte atteint un plus bas historique (0,047 %), le préjudice global croît de 3,8 % pour atteindre 1,241 milliard d'euros.
Le risque glisse des failles techniques vers l'ingénierie sociale (faux conseiller, substitution d'IBAN), la fraude par manipulation représentant désormais 516 millions d'euros. Le virement devient le premier poste de fraude en valeur.
Pour y faire face, l'OSMP renforce les dispositifs de vérification et cible, d'ici 2027, la sécurité des agents d'IA et la cryptographie post-quantique.
En 2025, l'écosystème des paiements scripturaux en France témoigne d'une maturité technologique accrue, marquée par une décorrélation entre la croissance des flux et la maîtrise de la sinistralité technique. Si les protocoles de sécurité limitent efficacement les vecteurs d'attaque traditionnels, le risque se déplace vers l'ingénierie sociale et la manipulation directe des utilisateurs.
1. Dynamique globale des paiements et de la fraude en 2025
L'exercice 2025 confirme la progression structurelle des échanges dématérialisés, soutenue par les solutions innovantes, tandis que le volume global de la fraude reflète l'efficacité des trajectoires de sécurisation de l'OSMP.
- Indicateurs macroéconomiques : Le volume des transactions progresse de 5,5 %, pour un montant total de 36 264 milliards d'euros (+ 4,2 %).
- Contrôle de la sinistralité : Le nombre de transactions frauduleuses enregistre un repli de 8 % (7,2 millions d'opérations).
- Préjudice financier : Malgré la baisse volumétrique, la fraude en valeur croît de 3,8 % pour atteindre 1,241 milliard d'euros.
- Segmentation des risques : Les virements de gros montant (VGM) représentent 34 % de la valeur totale mais seulement 0,2 % du volume, avec un taux de fraude quasi nul (0,00004 %), confirmant l'étanchéité des canaux professionnels par lot.
Instrument de paiement | Taux de fraude |
Carte de paiement (total) | 0,047 % |
Chèque | 0,069 % |
Virement (total) | 0,0015 % |
Virement instantané | 0,041 % |
Prélèvement | 0,0014 % |
Effet de commerce | 0,0097 % |
2. Le pivot vers la fraude par manipulation
La fraude dite « technique » cède progressivement la place à la fraude par manipulation, qui exploite la faille humaine pour contourner les dispositifs d'authentification forte. Ce mode opératoire représente 516 millions d'euros de préjudice, soit 40 % de la fraude totale, une proportion ayant doublé en quatre ans.
Fraude au faux conseiller bancaire
L'attaquant usurpe l'identité d'un collaborateur bancaire pour obtenir des codes de sécurité ou inciter la victime à valider des opérations via son interface de banque à distance, neutralisant ainsi la protection offerte par le SCA (Strong Customer Authentication).
Fraude au Président
L'usurpation de l'identité d'un dirigeant vise à contraindre un collaborateur, souvent sous pression ou urgence factice, à exécuter un virement atypique vers un compte contrôlé par l'organisation criminelle.
Substitution d'IBAN
Ce mécanisme repose sur l'interception et la modification des coordonnées bancaires figurant sur des factures ou dans des échanges numériques, détournant les fonds lors de transactions commerciales légitimes.
3. Analyse sectorielle : Carte de paiement et Virement
Sous-section Carte
Le taux de fraude sur la carte atteint son plus bas niveau historique à 0,047 %. L'amélioration est particulièrement notable sur le segment internet, où le taux chute à 0,124 % (contre 0,155 % en 2024). L'efficacité de l'analyse de risque (TRA) est démontrée par les résultats des exemptions à l'authentification forte, dont le taux de fraude (0,03 %) est deux fois inférieur à celui des transactions avec authentification pleine (0,06 %).
- Paiements de proximité : Le sans-contact représente 72 % des flux. Le paiement mobile s'établit à 19 % des montants de proximité, avec une baisse de 43 % de sa sinistralité grâce au renforcement du contrôle de l'enrôlement des portefeuilles numériques.
- Vecteurs de vulnérabilité : Les paiements à distance hors internet (MOTO - Mail Order Telephone Order) voient leur taux de fraude progresser à 0,322 %. Parallèlement, le retrait aux DAB enregistre une hausse de sa sinistralité (0,033 % contre 0,031 %), corrélée à l'émergence des réseaux de « faux coursiers ».
Sous-section Virement
Le virement constitue le premier poste de fraude en valeur (39 % du total), affichant une progression de 130 millions d'euros. L'analyse technique révèle que 98 millions d'euros de cette hausse sont imputables au virement instantané.
- Virement Instantané : Malgré la croissance des attaques, son taux de fraude recule à 0,041 %. Il demeure inférieur au taux global de la carte (0,049 %), les deux instruments partageant des protocoles de sécurité comparables.
- Banque en ligne : Ce canal affiche un taux de fraude de 0,0063 %, principalement exposé au phishing et aux manipulations directes, contrastant avec les canaux télématiques des entreprises (0,0002 %).
4. Chèque et Prélèvement : Persistance des risques traditionnels
Le déclin des usages scripturaux traditionnels n'efface pas les vulnérabilités structurelles, notamment lors des phases de transfert physique.
- Chèque : Le taux de fraude se stabilise à 0,069 %. L'action de l'OSMP a permis de déjouer 158 millions d'euros de préjudice (soit 41 % des remises frauduleuses neutralisées). Le vol lors de l'acheminement postal demeure le point critique du cycle de vie du titre.
- Prélèvement : La fraude reste dominée par les « créanciers fraudeurs » (78 %). Toutefois, on observe une progression marquée de la fraude par détournement de la part des débiteurs, dont la part dans la sinistralité du prélèvement a quadruplé, passant de 4 % en 2024 à 22 % en 2025, illustrant l'intensification de l'usurpation d'IBAN pour la signature de mandats.
5. Dispositifs de remédiation et infrastructures de partage
La réponse de l'écosystème s'articule autour d'une mutualisation accrue des données et d'une coopération trans-sectorielle :
- Vérification du bénéficiaire (octobre 2025) : Service permettant de confronter l'identité du destinataire avec l'IBAN avant l'exécution de l'ordre.
- Fichier national des comptes signalés (mai 2026) : Infrastructure centralisée pour la détection des comptes collecteurs utilisés par les fraudeurs.
- Coopération Télécoms : Partenariats visant à neutraliser l'usurpation de numéros de téléphone et d'identités numériques sur les réseaux mobiles.
6. Horizons technologiques et veille stratégique (2026-2027)
L'OSMP anticipe les ruptures technologiques susceptibles de modifier la surface d'attaque du secteur financier.
« L'Observatoire orientera ses travaux de veille technologique sur la sécurité des nouvelles techniques d'authentification et leur intégration dans les nouveaux parcours de paiement. »
Trois axes prioritaires ont été définis pour la période 2026-2027 :
- Sécurité des agents d'IA : Analyse de l'intégrité des interfaces autonomes dans les parcours d'achat.
- Informatique Quantique : Évaluation de la résilience de la cryptographie financière actuelle et définition d'une feuille de route pour la transition vers des standards post-quantiques.
- Crypto-actifs : Recommandations de conformité pour aligner la sécurité des paiements en crypto-actifs sur les exigences des instruments traditionnels.